Carte grise pour cyclomoteurs : Comment l’État se défausse

Carte grise pour cyclomoteurs : Comment l’État se défausseDès juillet, Internet entre au service des immatriculations. Pour le pire ou pour le meilleur ?

Non immatriculés, donc faciles à écouler, les 50 cm3 constituent une véritable manne pour les voleurs.

Après moult retards et atermoiements, l’immatriculation des cyclomoteurs neufs sera effective au 1er juillet. Une décision gouvernementale motivée par la lutte contre le vol, les trafics divers (78111 cyclos volés en 2001, 72614 en 2002), et contre les infractions à la circulation qui restaient souvent impunies du fait de la non-identification de cette catégorie de deux-roues.

Malheureusement, l’État a choisi de se défausser du problème en laissant aux vendeurs, concessionnaires et agents la possibilité d’effectuer eux-mêmes, par Internet, l’immatriculation de ces deux-roues. Pour ce faire, et obtenir le numéro du cyclo qu’il commercialise, le professionnel n’a qu’à s’équiper d’une puce informatique (250 € environ). Seul “léger” problème : le numéro, désormais définitif, sera attribué au véhicule et non plus au propriétaire.

Le client prendra donc livraison, chez le concessionnaire, d’un véhicule neuf bénéficiant de son immatriculation, la carte grise lui parvenant ensuite par courrier.
Un système qui, contrairement au “traditionnel”, ne permettra plus d’effectuer de contrôle lors des changements de propriétaire et des ré-immatriculations des véhicules.

Autre changement, les cyclos vont inaugurer la nouvelle numérotation, composée
d’une ou de deux lettres, suivie(s) de deux ou trois chiffres, à leur tour suivis d’une dernière lettre. Une numérotation qui, dès 2007, s’appliquera à l’ensemble des véhicules.

Nouveau système, nouveau trafic ?
Avouons-le sans détour, la mise en œuvre de cette mesure nous laisse quelque peu pantois. Comment l’Etat peut-il prétendre lutter efficacement contre le vol et les trafics de cyclomoteurs en laissant aux commerçants la possibilité de fournir, par Internet, les données permettant d’établir la carte grise définitive d’un véhicule ? Certes, le client pourra toujours aller chercher sa carte grise à la préfecture ; et les professionnels du deux-roues comptent une large majorité de commerçants honnêtes. Mais qui préférera une heure d’attente au guichet à un véhicule livré “plaque sur le garde-boue” ? Le réseau des professionnels de l’automobile, tout aussi digne de confiance que celui des pros du deux-roues, connaît toujours des escroqueries et des trafics. Pourquoi en serait-il autrement des deux-roues non immatriculés, principale source du trafic de pièces détachées ?
La prévention des vols devait constituer l’essence même de cette mesure. Il semble que l’Etat soit, ici, passé à côté de son sujet. A moins qu’il ne s’agisse aussi – surtout ? –d’un moyen de soulager les services cartes grises des préfectures tout en s’assurant les dividendes des nouveaux PV et amendes.